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46f8
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Le monde ouvrier semble vous avoir inspirée…
C'est une mine d'or pour un romancier ! Les bistrots, le vocabulaire, la télévision… toute une culture haute en couleurs, qui, malheureusement et malgré sa richesse, est en train de disparaître, tout comme le prolétariat en général. Il y a quelques années, j’avais choisi un décor similaire pour "Les Fils perdus de Sylvie Derijke". Y revenir fut un plaisir.
Des assassinats sur fond de grèves et de fermeture d'usine… "Jour de Gloire" est-il une critique sociale ?
Non, vous n'y trouverez pas de discours théorique sous-jacent ou une quelconque prise de position. Je ne cherche qu'à raconter une histoire, laquelle me permet de regarder sous les jupes de notre société. Je suis une spectatrice, je regarde fonctionner le monde. Je n'apporte pas de réponses ni ne donne de leçons. Faire un pas en arrière pour changer de point de vue, voilà le grand privilège du romancier. Le sociologue, lui, doit faire un pas en avant, pour démontrer, dénoncer. Moi, je mets en scène des gens ordinaires confrontés à un obstacle inattendu. Comment font-ils pour le surmonter ? Tout part des personnages. J'ai commencé par imaginer Monique et Sylvie dans leur cuisine…
Et soudain leur vie bascule…
Monique et Sylvie sont deux copines. Elles rêvent d'une reconnaissance que le travail n'a pas su leur apporter. Elles attendent leur heure ou plutôt, dans le cas de Monique, leur minute de gloire… Elles sont mûres pour se laisser tenter par le chant des sirènes, celui du syndicalisme puis celui de la télé-réalité. Après la fermeture de leur usine, les deux font irruption dans leur vie et bouleversent la donne.
En ce sens, "Jour de gloire" appartient bien au genre du roman noir…
Oui, par opposition au roman policier qui lui repose sur une énigme à résoudre – qui est l'assassin ? comment et pourquoi a-t-il tué ? Le roman noir est le laboratoire du monde qui nous entoure. C'est un peu comme un procès d'assises : on a un meurtrier présumé, reste à déterminer ce qui l'a poussé à cet acte extrême l'entraînant au-delà des barrières sociales. Dans "Jour de gloire", on sait dès le départ que Monique fonce tête baissée vers une issue fatale.
Du vrai "noir" mais aussi beaucoup d'ironie…
Elle me permet de rester lucide, de ne pas être dupe. C'est un exercice périlleux : un léger décalage du regard, qui permet de voir autrement, mais sans jamais verser dans la condescendance. Je me moque de nous tous… en commençant par moi !